Votre mère vous a paru absente lors de votre dernière visite à l’EHPAD où elle réside depuis quelques années. Aucune raison particulière ne semble expliquer cet état. Vous redoutez qu’il s’agisse d’un syndrome de glissement, phénomène dont vous avez entendu parler au moment du COVID. Pour mieux comprendre ce syndrome, et alerter le personnel de l’établissement le cas échéant, cet article vous explique en détail de quoi il s’agit : les signes associés, sa signification, les traitements et les soins adaptés.
Comprendre le syndrome de glissement
Le syndrome de glissement est une notion utilisée en gériatrie, uniquement en France, pour décrire une dégradation soudaine et rapide de l’état de santé d’une personne âgée, sans raison pathologique définie.
Définition
Le syndrome de glissement correspond à un état de rupture brutale dans la vie de la personne âgée. Il repose sur une détérioration globale de son état physique et psychologique. Il se manifeste souvent après un événement déclencheur : hospitalisation, deuil, chute, changement d’environnement, absence de visite de proches en EHPAD…
On parle parfois d’une forme de laisser-aller vital, situation dans laquelle le senior semble progressivement abandonner toute volonté de vivre.
De plus en plus controversé, le syndrome de glissement ne correspond pas à une maladie au sens strict : c’est par la découverte d’un ensemble de symptômes que l’on aboutit au diagnostic. Celui-ci laisse rarement d’espoir sur l’espérance de vie de la personne.

Différence avec la dépression et d’autres troubles
- Le syndrome de glissement peut être confondu avec une dépression liée au grand âge. Or si l’une comme l’autre se manifestent par une certaine apathie et un laisser aller, le déclin physique est très rapide et soudain dans le cas du syndrome de glissement. La dépression s’installe à bas bruit et connaît une évolution plus lente, la personne manifeste de la tristesse et une perte de l’estime de soi.
- D’autres pathologies peuvent également être à l’origine d’un état pris pour un syndrome de glissement :
- Des douleurs chroniques ou des infections douloureuses que le patient ne parvient pas à exprimer ;
- Des phases de délire liées à des troubles cognitifs.
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Le diagnostic du syndrome de glissement nécessite un examen détaillé. Il repose sur :
- L’observation clinique ;
- L’analyse du comportement du patient ;
- Le fait que l’évolution de l’état de santé soit brutale
Causes et facteurs déclenchant
Les causes d’un syndrome de glissement sont souvent liées à un événement déclencheur qui vient bouleverser les repères de la personne âgée, comme :
- Une hospitalisation soudaine ;
- Un changement de lieu de vie : une entrée en EHPAD, un déménagement dans un autre établissement, le retour en établissement après des vacances avec sa famille ;
- Une chute aux séquelles douloureuses : fracture, accident laissant la personne de longues heures seule, sans aide ;
- Un choc émotionnel : séparation, deuil ;
- Une infection, une maladie aiguë…
Ces situations, en entraînant une rupture dans leur quotidien, fragilisent la personne âgée et peuvent entraîner un repli sur soi.
La perte de lien social est également un facteur clé. Lorsqu’une personne se retrouve isolée ou coupée de ses habitudes, le risque de glissement augmente fortement.
Bon à savoir : Un changement brutal de comportement chez une personne âgée doit toujours être considéré comme un signal d’alerte, même en l’absence de cause évidente.
Signes et symptômes
Les symptômes d’un syndrome de glissement apparaissent souvent progressivement, mais peuvent évoluer rapidement si aucune prise en charge n’est mise en place. C’est souvent l’association de plusieurs signaux qui aboutit au diagnostic.
Parmi les signes les plus fréquents :
- Le refus de s’alimenter ou de boire, sans explication ni demande ;
- Une perte de poids rapide. Celle-ci est souvent liée à une sarcopénie ou fonte musculaire importante ;
- Un refus de se lever ou de se mobiliser, la personne ne voulant plus bouger ni participer à la moindre activité ;
- Un repli social : la personne s’isole et ne souhaite plus communiquer, pas même avec ses proches ;
- Une perte d’intérêt général pour toute stimulation et tout ce qui lui faisait plaisir : télévision, musique, alimentation, lecture, rencontres, animations… ;
- Des troubles du sommeil, associés à une perte de repères tant dans le temps que dans l’espace ;
- Une opposition aux soins ;
- Une altération de l’état de conscience : confusion, mutisme, apathie ;
- La dégradation de l’état de la personne âgée peut être très rapide, parfois en quelques jours ou semaines.
Tableau récapitulatif des symptômes du syndrome glissement et de leur évolution
| Signes précoces | Installation du syndrome de glissement | Stade avancé |
| Perte d’appétit | Refus occasionnel de prendre des repas | Refus de manger et de boire |
| Perte rapide de poids | ||
| Baisse d’énergie, manque de motivation à se lever | Difficulté à motiver la personne à se lever, à participer à des actes quotidiens | Immobilisation, refus de bouger, de se lever |
| Diminution des échanges, tentation de s’isoler plus souvent | Début d’un repli sur soi explicite | Complet repli sur soi, mutisme |
| Opposition aux soins | Opposition aux soins | |
| Perte d’intérêt globaleEnvie de mourir exprimée |
Échelle d’évaluation et diagnostic
Le diagnostic du syndrome de glissement repose principalement sur une évaluation clinique globale, réalisée par des professionnels de santé formés en gériatrie.
Évaluation sur une échelle de la SFGG
Le diagnostic d’une personne âgée présentant des signes qui peuvent faire penser au syndrome de glissement s’établit sur :
- L’observation clinique de l’état général de la personne âgée ;
- L’analyse de son comportement (repli, refus, isolement) ;
- La prise en compte de la rapidité d’évolution de son état de santé.
La Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG) propose des outils pour avancer un diagnostic :
- L’échelle de dépression gériatrique (GDS), qui aide à identifier ou éliminer une dépression ;
- L’échelle d’évaluation des personnes âgées déconcertantes (EPADE), destinée à repérer des signes de déclin cognitifs et les symptômes psychologiques et comportementaux.
Le rôle des professionnels de santé
Compte tenu de la difficulté du diagnostic, une personne âgée présentant certains des symptômes d’un syndrome de glissement pourra être présentée à plusieurs professionnels :
- Son médecin généraliste. Si celui-ci soupçonne un syndrome de glissement ou une dépression, il orientera son patient vers un gériatre ;
- Un gériatre, qui pourra recourir aux tests et aux échelles de la SFGG ;
- Des infirmiers et aides-soignants, voire un psychologue pour le suivi du traitement.
Prise en charge et traitement
La prise en charge du syndrome de glissement doit être rapide et globale. Elle repose sur une approche à la fois médicale, psychologique et sociale.
Le syndrome de glissement est une atteinte sévère à la santé d’une personne âgée. Une fois repérée, celle-ci sera prise en charge dans son EHPAD ou, si elle vit à domicile, au cours d’une hospitalisation spécifique.
Le travail des soignants porte sur :
- Les fonctions biologiques de la personne :
- Réalimentation,
- Réhydratation,
- Traitement d’une éventuelle infection ou autre pathologie,
- Les fonctions cognitives et psychiques : l’intervention d’un psychologue avec le gériatre.
Les équipes de l’hôpital restent en lien avec l’EHPAD ou la famille du senior une fois celui-ci revenu dans son hébergement initial. Des soins peuvent ainsi continuer à lui être administrés.

Évolution du syndrome de glissement jusqu’à la fin de vie
Le risque majeur de ce qu’on appelle syndrome de glissement est la survenue rapide du décès de la personne. C’est pourquoi les gériatres aujourd’hui se méfient de ce diagnostic, jugé flou et susceptible d’empêcher un médecin de découvrir une pathologie spécifique.
L’évolution de ce qui est diagnostiqué comme un syndrome de glissement peut être très rapide si aucune intervention n’est mise en place. La dégradation rapide de l’état de santé du patient peut conduire à une situation critique et létale.
En quelques jours ou quelques semaines, si la prise en charge a tardé ou n’est pas efficace, le senior risque de recevoir des soins palliatifs, privilégiant :
- Le confort de la personne âgée ;
- Le respect de sa dignité ;
- Un accompagnement humain et bienveillant.
Bon à savoir : Le syndrome de glissement peut évoluer très rapidement, parfois en quelques jours, ce qui rend l’évaluation médicale urgente dès les premiers signes.
Points de vigilance et conseils pratiques
La prévention du syndrome de glissement repose ainsi sur une vigilance quotidienne des aidants et des personnels soignants, que ce soit au domicile de la personne ou en EHPAD :
- Surveiller l’apparition de signes précoces (perte d’appétit, fatigue, isolement…) ;
- Maintenir des routines aussi stables que possible ;
- Encourager les interactions sociales ;
- Proposer des activités stimulant les facultés cognitives ;
- Accompagner au mieux les ruptures brutales : déménagement, hospitalisation, perte d’un proche.
Il est également important de solliciter rapidement les professionnels de santé.
FAQ
Qu’est-ce que le syndrome de glissement et comment le différencier de la dépression ?
Le syndrome de glissement est un état de repli et de refus global chez la personne âgée, qui apparaît soudainement. Contrairement à la dépression plus lente à s’installer, il se caractérise par désengagement de la vie sans expression émotionnelle marquée.
Quels sont les signes précoces à surveiller ?
Les premiers signes incluent une perte d’appétit, un isolement, une fatigue inhabituelle et un repli social. Ces symptômes doivent alerter les proches et les soignants.
Comment intervenir si une personne commence à se replier ?
Il faut agir rapidement : renforcer le lien social, consulter un médecin et mettre en place une prise en charge globale (médicale, psychologique, sociale).
Quelle est l’évolution du syndrome sans traitement ?
Sans intervention, le syndrome de glissement peut entraîner une dégradation rapide de l’état de santé, allant jusqu’à une perte d’autonomie totale aboutissant à une fin de vie précipitée.
Quels professionnels contacter pour un diagnostic ou suivi ?
Le diagnostic doit être réalisé par un médecin qui oriente vers un gériatre.





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