Votre belle-mère s’apprête à entrer en EHPAD. Vous avez choisi son établissement et une visite est prévue prochainement pour évaluer précisément son état de santé et la nature de sa prise en charge. Sans aucune information à ce propos, vous aimeriez savoir sur quelle base repose cette évaluation des besoins de soins en EHPAD.

En réalité, les établissements médico-sociaux s’appuient sur des outils nationaux de référence, dont le modèle PATHOS en EHPAD. Celui-ci joue un rôle central dans la définition du protocole de soins et d’accompagnement des personnes âgées en établissement. Voici un décryptage rapide de ce modèle et de ses conséquences sur les personnes dépendantes.

Le modèle PATHOS, c’est quoi exactement ? 

Utilisé depuis plusieurs dizaines d’années dans les établissements pour personnes âgées dépendantes, le modèle PATHOS est un outil qui permet aux médecins de déterminer quel type de prise en charge nécessite chaque résident.

Le modèle PATHOS expliqué simplement

Le modèle PATHOS est un outil médico-administratif national utilisé par les professionnels de santé pour adapter la prise en charge des personnes âgées, en fonction de leur état de santé et de la stratégie thérapeutique correspondante. Il a été mis en place par le Syndicat national de gérontologie clinique (SNGC) et la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAMTS) en 1997.

Il repose sur un référentiel PATHOS commun à tous les établissements, validé au niveau national, et utilisé désormais sous le contrôle de l’agence régionale de santé (ARS) et de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA).

Il diffère de la grille AGGIR (autonomie gérontologique groupes iso-ressources) dont l’objectif est de mesurer le niveau de perte d’autonomie. PATHOS est donc un outil d’évaluation des besoins qui permet l’élaboration d’un protocole spécifique de prise en charge des seniors en EHPAD.

Personnel de l'EHPAD qui utilise le modèle PATHOS

À quoi sert précisément le modèle PATHOS en EHPAD ?

L’évaluation réalisée selon les critères de ce modèle joue un rôle important à deux niveaux.

  • Individuel : c’est un instrument de description de l’état de santé d’une personne âgée, dont va dépendre la nature même de la prise en charge globale (soins, accompagnement, activités…) de chaque senior.
  • Collectif : l’évaluation donne un éclairage dans le cadre du financement des EHPAD et USLD, en comparant les évaluations de chaque établissement par rapport à une moyenne nationale. Il est ainsi utilisé pour l’évaluation des besoins (moyens humains et financiers) de chaque structure.

À qui s’adresse le modèle PATHOS ?

Ce modèle concerne l’ensemble des résidents d’un EHPAD, quelle que soit leur perte d’autonomie. Il ne cible pas uniquement les personnes très dépendantes : toute prise en charge de pathologies est analysée, même lorsque l’autonomie fonctionnelle reste partiellement conservée.

À retenir

  • Le modèle PATHOS est un référentiel permettant l’évaluation des besoins en soins en EHPAD.
  • Il ne remplace pas la grille AGGIR qui mesure le niveau de perte d’autonomie, mais lui est complémentaire.

Pourquoi les EHPAD utilisent le modèle PATHOS ?

L’utilisation du modèle PATHOS répond à une logique nationale de pilotage du système médico-social, fondée sur des critères objectifs et partagés.

Un outil efficace pour l’organisation des soins en EHPAD

Grâce au modèle PATHOS, dans les établissements, les soins sont organisés en fonction :

  • Des pathologies prises en charge,
  • Des protocoles médico-techniques requis,
  • Des besoins de surveillance des résidents.

Cette évaluation permet ainsi à l’établissement d’adapter :

  • Le rôle du médecin coordonnateur et son temps de présence dans l’établissement, 
  • La présence et le nombre du personnel soignant,
  • Les interventions spécialisées (praticiens extérieurs).

Un rôle clé dans l’allocation des ressources aux établissements 

Les résultats des évaluations PATHOS servent de base aux échanges avec :

  • L’Agence régionale de santé (ARS),
  • La CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie),
  • Et participent à la justification des dotations en soins de chaque établissement.

Une évaluation des besoins objective 

L’intérêt du modèle PATHOS est qu’il évite l’arbitraire dans le diagnostic et le protocole de prise en charge d’un patient. En effet, très cadré, il :

  • Suit un référentiel national très précis,
  • Repose sur des situations cliniques observées,
  • Est validé et contrôlé par les autorités de santé.

Il s’agit d’un outil structurant et reconnu.

Comment sont évalués les besoins en soins avec PATHOS ?

L’évaluation des besoins avec le modèle PATHOS repose sur une méthode rigoureuse, dont chaque élément est déterminé dans un référentiel.

Qui réalise l’évaluation PATHOS ?

L’évaluation est placée sous la responsabilité du médecin coordonnateur de l’établissement, avec l’appui des équipes pluridisciplinaires.

Le médecin coordonnateur :

  • Pilote l’évaluation,
  • Valide la prise en charge des pathologies,
  • Engage sa responsabilité médicale.

Cette responsabilité du médecin coordonnateur garantit la cohérence et la fiabilité de l’évaluation.

L’évaluation s’appuie aussi sur les observations :

  • Des infirmiers,
  • Des aides-soignants,
  • Des professionnels médico-techniques.

Les médecins coordonnateurs croisent ainsi les observations du terrain (vie quotidienne) avec les données cliniques.

Sur quels critères repose l’évaluation ?

Le modèle PATHOS permet à la fois d’évaluer l’état de santé d’un individu et de déterminer précisément la prise en charge dont il a besoin, et d’obtenir une situation clinique globale de l’ensemble des résidents d’un établissement.

Il est construit sur 3 types d’approches, chacune composée de plusieurs variables.

La définition de 50 états pathologiques

Ceux-ci regroupent différents troubles dont peuvent être atteintes les personnes âgées. Dix grandes catégories de pathologies déterminent ces états :  

  • D’ordre cardio-vasculaire, 
  • Infectieuses,
  • Endocriniennes,
  • Dermatologiques,
  • Pulmonaires,
  • Touchant les sphères ostéo-articulaires,
  • Urologiques,
  • Néphrologiques,
  • Neuro-psychiatriques,
  • Gastro-entérologiques.

Les profils de soins

Le modèle définit 12 profils de soins typiques : par exemple, la nécessité d’assurer une surveillance médicale quotidienne, l’administration de soins médicaux lourds, l’absence de thérapeutique, ainsi que des soins psychiatriques, des besoins en réduction thérapeutique, etc.

L’association entre profils de soins et états pathologiques représente 238 prises en charge différentes.

Les postes de ressources

Il s’agit de tout ce qui a trait à l’organisation, à la logistique et aux moyens à mettre en place en fonction des états pathologiques et des profils de soins présentés par le patient. Le modèle PATHOS répertorie 8 postes de ressources :

  • Gériatrie : soins administrés par un gériatre ;
  • Psychiatrie : traitement et suivi de troubles psychiatriques ;
  • Infirmiers ;
  • Rééducation : interventions de kinésithérapeute, orthophoniste, ergothérapeute ;
  • Psychothérapie ;
  • Réalisation et analyse d’actes de biologie ;
  • Réalisation et analyse d’actes d’imagerie médicale ;
  • Besoins en pharmacie ou en petit matériel médical.

PATHOS, AGGIR : quelle différence ?

La confusion entre PATHOS et AGGIR est compréhensible, puisque ce sont deux instruments utilisés pour évaluer une personne âgée dépendante. Cependant, ces deux outils n’ont pas le même objectif.

Deux outils aux objectifs différents 

Le modèle PATHOS évalue pour une personne la prise en charge requise (accompagnement, surveillance…), la complexité médicale de son état ainsi que ses besoins en soins médico-techniques.

La grille AGGIR se concentre sur l’évaluation de la perte d’autonomie, la capacité du résident à accomplir les actes de la vie quotidienne, et son niveau de dépendance. Elle détermine l’accès d’une personne à l’APA, l’allocation personnalisée d’autonomie.

Médecin qui évalue l'autonomie d'un senior avec la grille AGGIR

AGGIR et PATHOS, deux modèles complémentaires

AGGIR et PATHOS sont deux outils complémentaires qui constituent à eux deux une évaluation globale de l’état général du résident : 

  • détermination de son niveau de dépendance, de l’accompagnement nécessaire à ce titre (AGGIR), 
  • identification de la ou des pathologies dont il souffre, 
  • mise en place d’un protocole de prise en charge et des soins (PATHOS).

PATHOS versus AGGIR : tableau des différences

PATHOSAGGIR
ObjetSoins médicaux, accompagnement des pathologiesPréserver une certaine autonomie chez les personnes dépendantes
Ce qu’on évalueLes pathologies, les soins requisNiveau de dépendance
Utilité pour le résidentOrganisation des soinsAccompagnement dépendance, APA 
Utilité pour l’établissementDéfinit les ressources nécessaires à la prise en charge des résidents

Ce que le modèle PATHOS change concrètement pour le résident 

Pour les résidents, l’évaluation avec le modèle PATHOS a un impact réel. Cela permet en effet : 

  • Une prise en charge adaptée aux pathologies spécifiques de la personne,
  • Des moyens humains (soignants) et éventuellement matériels (médicaments, équipements) affectés au patient,
  • Une bonne coordination des soins.

Par contre, ce modèle n’a pas d’impact sur le tarif de l’hébergement : c’est l’évaluation AGGIR qui fixe le niveau de GIR et le tarif adapté.

De même, l’admission en EHPAD n’est pas liée aux résultats de l’évaluation PATHOS. Une fois encore, c’est l’évaluation sur la grille AGGIR qui prime. 

Ce que les familles ont intérêt à comprendre (et à demander)

Lorsque vous accompagnerez votre parent pour son admission en EHPAD, vous pourrez aborder l’évaluation PATHOS avec le médecin coordonnateur et le personnel soignant. Cette connaissance du protocole vous donnera une légitimité pour les questionner et, éventuellement, pour négocier des aménagements dans le projet de soins personnalisé.

Les questions à poser en EHPAD sur l’évaluation PATHOS

Voici quelques-unes des questions pertinentes que les familles devraient être amenées à poser : 

  • Quels sont les soins requis identifiés ?
  • Comment sont organisées les prises en charge ?
  • Peut-on demander des modifications, des évolutions dans cette prise en charge ?
  • Le projet de soins personnalisé est-il réévalué régulièrement ?
  • Quel est le rôle du médecin coordonnateur dans la prise en charge ?

Les erreurs à ne pas commettre avec le modèle PATHOS

Lorsqu’ils en connaissent l’existence, de nombreuses familles commettent des confusions autour du modèle pathos, comme : 

  • Confondre PATHOS et AGGIR,
  • Penser que PATHOS détermine seul le prix,
  • Croire que la décision (admission, non-admission, projet de soins personnalisé) est immuable. 

FAQ 

Le modèle PATHOS influence-t-il le prix de l’EHPAD ?

Non. PATHOS influence l’organisation des soins, pas le tarif facturé au résident. À l’inverse, l’évaluation sur la grille AGGIR permet de fixer le tarif dépendance.

PATHOS est-il réévalué dans le temps ?

Oui. L’évaluation PATHOS est actualisée pour tenir compte de l’évolution des situations cliniques.

Peut-on contester une évaluation PATHOS ?

Un échange avec le médecin coordonnateur est possible pour mieux comprendre ou clarifier l’évaluation.

PATHOS concerne-t-il tous les résidents ?

Oui. Tous les résidents d’un EHPAD sont concernés, quel que soit leur niveau de perte d’autonomie.

Quelle est la différence entre PATHOS et le GMP ?

Le GMP (groupe iso-ressources moyen pondéré) est basé sur la grille AGGIR. PATHOS concerne uniquement les besoins en soins médicaux.