Votre parent, diagnostiqué de la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années, commence à présenter des conduites à risque. Vous avez peur que, malgré l’auxiliaire de vie qui le visite quotidiennement, il fasse une fugue et se perde dans les rues. Est-il possible d’enfermer votre proche dans une pièce de son logement pour sa sécurité ? Cet article vous explique dans quels cas l’enfermement peut être envisagé, et surtout quelles alternatives existent pour protéger une personne âgée sans porter atteinte à ses droits fondamentaux.
Peut-on enfermer une personne atteinte d’Alzheimer ?
L’acte d’enfermer une personne est très encadré par la loi, et ne peut être décidé ni effectué sans garde-fou.
Ce que dit la loi sur la liberté d’aller et venir
En France, la liberté d’aller et venir est un droit fondamental. Toute personne, y compris un patient atteint de troubles cognitifs, conserve ce droit tant qu’aucune décision judiciaire ne vient le limiter.
Ainsi, enfermer une personne dans une pièce ou un logement constitue une privation de liberté. Certes, de façon éphémère, par exemple lorsque l’aidant doit s’absenter un moment, le fait d’enfermer la personne âgée dans un lieu sûr est toléré. Mais un enfermement de façon systématique et permanente est interdit, sauf décision du juge.

Différence entre protection et enfermement
- La protection vise à sécuriser la vie du patient sans supprimer totalement sa liberté.
- L’enfermement, lui, correspond à une restriction abusive de déplacement.
Par exemple, installer une alarme de porte, assurer une surveillance par des aidants ou des aides extérieures est une pratique de protection non invasive. À l’inverse, verrouiller la chambre de la personne âgée de manière systématique relève d’une privation de liberté.
L’isolement et la contention : ce que dit le cadre médical
Au-delà de l’enfermement, un malade d’Alzheimer en crise aiguë peut présenter des comportements nécessitant une prise en charge immédiate. La tentation est alors de contraindre le malade par la force.
L’isolement en pratique
L’isolement consiste à placer un patient seul dans un espace sécurisé, généralement pour éviter un danger immédiat.
Dans certains cas, notamment en EHPAD ou en établissement de santé, cette pratique peut être envisagée pour :
- Contenir un comportement agressif et dangereux ;
- Réduire un risque immédiat ;
- Protéger la personne ou les autres personnes présentes.
L’isolement ne doit jamais être conçu comme une punition : c’est véritablement un moyen extrême pour que la personne âgée puisse se calmer sans risque de se faire du mal. Cette décision doit s’accompagner d’une explication. L’isolement doit être surveillé et ne doit pas durer plus que le temps de la crise.
La contention physique
La contention désigne l’utilisation de dispositifs visant à limiter les mouvements d’un patient. On distingue plusieurs types de contentions :
- Barrières de lit ;
- Draps de contention au lit ;
- Ceintures ou harnais de maintien ;
- Fauteuils sécurisés.
Ce recours à une contention physique doit rester exceptionnel, et toujours chercher le moyen minimal de contention en fonction de la crise. Il ne doit pas devenir une habitude pour certains patients en établissement, au risque de :
- L’aggravation de leurs troubles cognitifs ;
- Une perte d’autonomie plus marquée ;
- Une baisse de l’espérance de vie.
La contention à domicile doit être évitée : elle nécessite en effet des gestes précis pour ne pas faire mal ni blesser la personne connue.
Selon les recommandations de la HAS, la contention physique doit rester exceptionnelle ;
- Elle doit être prescrite par un médecin ;
- Elle doit être réévaluée régulièrement ;
- Elle ne doit jamais être systématique.
Dans quels cas ces mesures sont-elles autorisées ?
Isolement comme contention ne doivent pas être mis en œuvre à la discrétion d’une personne, un aidant ou un membre du personnel d’un EHPAD. Des conditions précises doivent être réunies pour leur utilisation.
Un risque immédiat pour la personne
L’isolement ou la contention peuvent être envisagés uniquement en cas de danger immédiat. Cela peut recouvrir les cas suivants :
- Risque de fugue avec désorientation sévère ;
- Chutes répétées mettant en danger la santé de la personne ;
- Comportement violent ou incontrôlable, dangereux pour la personne et pour son entourage.
Dans ces situations, la priorité reste la sécurité du patient.
Une décision médicale encadrée
Toute mise en place d’une contention ou d’un isolement doit respecter un cadre précis :
- Il faut une prescription médicale : en EHPAD, le psychiatre ou le médecin coordonnateur prend la décision, après avoir consulté l’équipe de soins ;
- Inscription de la décision dans le dossier patient ;
- Mise en œuvre pour une durée limitée ;
- Réévaluation fréquente ;
- Surveillance continue du patient.
La décision d’une contention ou d’un isolement ne peut jamais être prise uniquement par un proche (à domicile) ou un membre du personnel.
Les pratiques professionnelles doivent toujours respecter :
- La dignité de la personne ;
- Son consentement lorsque c’est possible ;
- Les principes éthiques des soins.
À noter que les autorités comme le contrôleur des lieux de privation de liberté surveillent ces pratiques afin d’éviter les abus dans les établissements.
Les alternatives à l’isolement ou à la contention
Face aux risques psychologiques et éthiques liés aux contentions physiques et à l’isolement, les professionnels de santé privilégient aujourd’hui des solutions plus respectueuses de la personne et de sa vie.
Une surveillance renforcée
Lorsque les effectifs le permettent en établissement, l’alternative privilégiée est de renforcer la présence humaine auprès du patient.
Un malade d’Alzheimer ayant régulièrement des crises agressives ou faisant des tentatives de fugue est tout d’abord accompagné : thérapies comportementales, écoute, participation à des activités déstressantes… Le recours à certains médicaments peut, dans certains cas, permettre d’éviter la survenue de ces troubles.
Pour les patients sévères, on peut mettre en place :
- Une surveillance plus régulière : passage plus fréquent du personnel auprès de lui en EHPAD ; présence d’une garde de nuit à domicile…
- Une chambre fermée à clé pour les personnes à risque de fugue en établissement comme à domicile ;
- La présence continue de personnel à proximité en EHPAD, avec le patient à domicile.

L’aménagement du lieu de vie
Adapter l’environnement du malade d’Alzheimer est souvent très efficace pour réduire les conséquences des troubles du comportement :
- Sécuriser les portes (codes, badges, systèmes d’alerte) ; cela existe en EHPAD, mais c’est aussi possible à domicile ;
- Supprimer les objets et obstacles dangereux ;
- Installer des repères visuels pour limiter la désorientation ;
- Équiper le patient d’un bracelet GPS signalant tout mouvement suspect en dehors d’une zone limitée.
Les unités spécialisées Alzheimer
Une personne âgée présentant des troubles graves du comportement peut difficilement être maintenue à domicile. Un placement en EHPAD spécialisé est alors fortement conseillé. Il est nécessaire de recueillir son consentement, ce qui peut prendre du temps. Dans des situations d’urgence, cependant, des solutions existent pour un placement de la personne.
Tout y est pensé et organisé pour :
- Permettre une circulation sécurisée, sans risque de fugue ;
- Éviter les situations de danger ;
- Réduire l’angoisse et l’agitation grâce à un personnel nombreux et présent.
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L’accompagnement humain et relationnel
L’accompagnement humain reste la clé d’une prise en charge optimale. Les recommandations des instances médicales insistent sur :
- Une communication adaptée ;
- La compréhension des besoins du patient ;
- La gestion de l’anxiété
- Une prise en charge bienveillante permet souvent de diminuer ou d’éviter les comportements à risque.
Quels droits pour la personne atteinte d’Alzheimer ?
Même en cas de maladie d’Alzheimer, la personne âgée conserve des droits fondamentaux, qui ne sont pas neutralisés malgré la diminution de ses facultés cognitives.
1. Le consentement
C’est un principe essentiel en matière de soins. Même si les capacités de la personne sont altérées, il est impératif de :
- Lui expliquer son état de santé,
- Justifier et expliquer les décisions prises la concernant : placement en établissement, traitement, mode de prise en charge…
- Rechercher le consentement du patient en toutes circonstances ;
- Respecter ses réactions et ses décisions.
LIRE AUSSI : Que faire si un malade Alzheimer refuse d’entrer en EHPAD ?
2. Le respect de la dignité
Les pratiques professionnelles mises en œuvre à son égard doivent garantir :
- Le respect de sa dignité ;
- Son intégrité physique, et même psychologique. Un traitement médicamenteux, par exemple, ne doit pas être prescrit sans une profonde réflexion sur la balance avantages/inconvénients ;
- Le respect de la vie privée.
3. L’encadrement des soins
Les soins et les décisions mises en œuvre doivent être :
- Encadrés par un médecin ;
- Suivre les recommandations de la HAS ;
- Respecter une traçabilité complète dans le dossier patient.
Bon à savoir
Une personne sous protection juridique (tutelle, curatelle) conserve des droits. Les décisions doivent toujours être prises dans son intérêt, et après une explication claire.
FAQ
Peut-on enfermer une personne Alzheimer à domicile ?
Non, il est interdit d’enfermer une personne à domicile de manière permanente. En revanche, des solutions de sécurisation peuvent être mises en place.
L’isolement en EHPAD est-il légal ?
Oui, mais uniquement dans des cas exceptionnels, encadrés médicalement, avec une durée limitée et une surveillance.
Quand la contention est-elle autorisée ?
La contention est autorisée en cas de danger immédiat, sur prescription médicale et pour une durée limitée. Elle doit être justifiée dans le dossier patient.
Qui décide de la mise en isolement ?
Seul un médecin peut décider de l’isolement ou de la contention, dans le cadre des soins et selon les recommandations en vigueur.
Existe-t-il des alternatives à la contention ?
Oui, et elles sont fortement recommandées : surveillance humaine renforcée, adaptation du lieu de vie, dispositifs de sécurité, accompagnement personnalisé.





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