Depuis que votre mère est à la retraite, sa petite pension lui permet difficilement de faire face à ses dépenses quotidiennes. Vous l’encouragez à demander l’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), qui pourrait pourtant lui apporter plusieurs centaines d’euros supplémentaires chaque mois. Mais elle hésite : comme de nombreux retraités modestes, elle préfère renoncer à cette aide plutôt que d’engager une démarche qu’elle juge complexe ou dont elle ne mesure pas encore les conséquences.

Face à ce phénomène de non-recours, une proposition de loi entend faciliter l’accès à l’ASPA. Cet article vous explique qui peut en bénéficier en 2026, quels montants sont concernés, quelles évolutions sont envisagées et comment cette réforme pourrait changer la situation des retraités aux revenus modestes.

Pourquoi les seniors hésitent-ils encore à demander l’ASPA ?

Comme de nombreuses aides sociales et de solidarité, une part importante des personnes éligibles n’y font pas appel. Si l’on compte environ 750 000 bénéficiaires de l’ASPA en 2026, on estime que 300 000 personnes qui y renoncent chaque année.

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène de non-recours :

  • Le manque d’information. Les seniors ne connaissent pas toujours leurs droits
  • La peur d’une stigmatisation sociale. L’ASPA, c’est le minimum vieillesse, de quoi procurer un sentiment de honte chez certaines personnes âgées.
  • L’un des freins importants est sans doute la question de la récupération sur succession. Beaucoup de retraités modestes craignent que leurs enfants doivent rembourser les sommes perçues sur l’héritage au moment du décès.
  • Enfin, la complexité administrative fait aussi renoncer des personnes âgées isolées, qui n’ont personne dans leur entourage pour les aider à faire la demande.
Seniors qui évoquent avec leur aidant pourquoi ils n'ont pas encore demandé l'ASPA

Que change cette nouvelle mesure pour les retraités modestes ?

La réforme de 2026 ne crée pas une nouvelle aide pour les retraités modestes. Elle vise avant tout à mieux faire connaître l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) auprès des personnes qui pourraient déjà y avoir droit, mais qui n’en font pas la demande.

L’objectif du législateur est de lutter contre le non-recours à cette allocation. De nombreux retraités disposant de faibles ressources ne demandent pas l’ASPA, soit parce qu’ils ignorent son existence, soit parce qu’ils pensent ne pas être concernés, soit encore parce que certaines idées reçues les freinent.

Pour les personnes concernées, cette évolution peut donc représenter une opportunité de ne pas passer à côté d’un soutien financier auquel elles peuvent prétendre.

Quelles sont les conditions pour bénéficier de l’ASPA ?

L’ASPA, qui remplace l’ancien minimum vieillesse, est destinée aux personnes âgées disposant de faibles ressources. Elle est versée par la caisse de retraite dont dépend le bénéficiaire (CARSAT, MSA…).

Pour en bénéficier, il faut principalement :

  • avoir atteint l’âge requis : généralement 65 ans, ou l’âge légal de départ à la retraite dans certaines situations liées à l’invalidité ou à l’incapacité ;
  • résider en France de manière stable, y compris en établissement comme un EHPAD ;
  • avoir des ressources inférieures aux plafonds fixés chaque année.

L’ensemble des ressources du foyer est pris en compte dans l’étude du dossier : pensions de retraite, revenus professionnels éventuels, revenus du patrimoine ou encore certains avantages en nature. La situation familiale est également examinée, car les plafonds diffèrent selon que la personne vit seule ou en couple.

L’ASPA fonctionne comme une allocation différentielle : elle complète les revenus du bénéficiaire jusqu’au montant maximum prévu par la réglementation. Son montant peut donc évoluer si les ressources de la personne changent.

Quel est le montant de l’ASPA en 2026 ?

L’ASPA est une allocation qui vient compléter les revenus d’une personne âgée pour lui permettre d’atteindre un revenu mensuel minimum. Le montant dépend donc de la retraite et des autres ressources déjà perçues par le bénéficiaire.

Par exemple, une personne seule perçoit 760 euros de retraite par mois. Le montant de son ASPA doit compléter ses revenus jusqu’au plafond de 1 043,59 euros. Elle recevra donc 283,59 € au titre de l’ASPA. 

La logique est similaire pour un couple : l’ASPA complète les ressources du foyer jusqu’au plafond correspondant à sa situation. Le montant versé dépend donc des revenus déjà perçus par les deux membres du couple.

Le montant maximum est révisé au début de chaque année. L’ASPA peut aussi être revue si la situation du bénéficiaire change : hausse ou baisse de pension de retraite, décès du conjoint, entrée en établissement, départ à l’étranger, reprise d’activité, nouvelle pension ou modification du patrimoine productif de revenus.

ASPA et succession : quels impacts après le décès ?

De même que l’aide sociale à l’hébergement, délivrée également au titre de la solidarité, l’ASPA peut être récupérable, dans certaines conditions, sur l’actif successoral.

Senior concerné la par récupération sur succession

Le principe de récupération sur succession

Les sommes versées au titre de l’ASPA tout au long de la vie de la personne âgée peuvent être récupérées après le décès du bénéficiaire. Toutefois, cette solution ne peut être mise en œuvre que si l’actif successoral, soit le montant de la succession dont les dettes éventuelles sont soustraites, est supérieur à un plancher défini chaque année.

En 2026, l’actif successoral doit excéder 108 585,14 € en France métropolitaine, et 150 000 € pour les défunts résidant en outre-mer.

Par ailleurs, la récupération ne peut excéder 8 463,42 € par année complète d’ASPA perçue, en 2026. Le plafond est de 11 322,77 € pour un couple. Si un montant supérieur d’ASPA a été versé une année, le surplus n’est pas pris en compte.

De plus, la récupération ne peut se faire que sur la partie hors socle de 108 585,14 € de l’actif de succession. Si celle-ci est inférieure au montant potentiellement récupérable, toutes les sommes ne seront donc pas remboursées.

Par exemple, une personne a touché 350 € d’ASPA chaque mois pendant 20 ans, avant de décéder, soit 20 fois 4 500 € : 90 000 €. L’actif successoral est de 120 000 €. La Caisse de retraite ne récupérera que 11 414,86 €.

Dans quels cas la récupération ne s’applique pas ?

Dans plusieurs cas, la récupération des montants de l’ASPA ne s’applique pas sur une succession :

  • Si la succession est inférieure au seuil légal. Bien évidemment, s’il n’y a pas d’actif successoral, il n’y a pas de remboursement et les héritiers ne sont pas appelés à rembourser l’ASPA avec leur argent personnel ;
  • Si l’héritier :
    • Est à la charge du bénéficiaire de l’ASPA, c’est-à-dire qu’il vivait habituellement au foyer du défunt et que ses ressources ne dépassent pas le plafond annuel de l’ASPA pour une personne seule,
    • et a 65 ans ou plus à la date du décès de son parent (60 ans si invalidité d’au moins deux tiers de sa capacité de travail) ,

Il est exonéré du remboursement de l’aide.

  • Le conjoint survivant (marié, concubin ou pacsé) peut différer le remboursement sur sa part de succession jusqu’à son décès.

Que pourrait changer la proposition de loi 2026 ?

La proposition de loi adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale le 11 juin 2026 a pour objectif de venir en aide aux personnes modestes et ne vivant pas dans une location.

La proposition prévoit que ces personnes retraitées, propriétaires de leur logement ou hébergées à titre gratuit :

  • Verraient le montant de l’ASPA diminué d’environ 40 euros par mois (pour une personne seule) ; 
  • En contrepartie, la récupération sur succession serait supprimée.

La mesure serait rétroactive.

Le Sénat ne s’est pas encore prononcé sur cette proposition. Son avenir reste donc, pour le moment, incertain. 

L’ASPA reste une aide volontaire, mais renoncer à la demander peut avoir un impact important sur le quotidien d’un retraité modeste. La proposition de loi examinée en 2026 vise justement à lever l’un des principaux freins : la peur de la récupération sur succession. Elle devra toutefois encore être adoptée définitivement avant de modifier les règles actuelles.

FAQ

L’ASPA est-elle automatique à la retraite ?

Non. L’ASPA n’est pas automatique. Il faut en faire la demande auprès de sa caisse de retraite, de la MSA ou de l’organisme compétent. 

Quel est le montant de l’ASPA pour un couple ?

En 2026, le montant maximum pour un couple est d’environ 1 620,73 euros par mois.

L’ASPA est-elle récupérée après décès ?

Oui, l’ASPA peut être récupérée après décès si l’actif successoral dépasse 108 585,14 euros en métropole et 150 000 euros dans certains territoires d’outre-mer.

Peut-on refuser l’ASPA ?

Oui, l’ASPA reste une demande volontaire. Une personne peut choisir de ne pas la demander. Mais il est conseillé de bien comparer le gain mensuel possible et l’impact réel sur la succession avant de renoncer.

Quelles ressources sont prises en compte ?

Les pensions de retraite, pensions de réversion, revenus d’activité, revenus du patrimoine et certaines ressources du couple peuvent être pris en compte.