Vous envisagez de vendre l’appartement de votre mère pour pouvoir financer son prochain hébergement en EHPAD. Cette éventualité, discutée avec vos frères et sœurs, serait un crève-cœur. Mais compte tenu des modestes ressources de votre parent, vous n’avez pas trouvé pour l’instant d’autre solution pour faire face aux frais de l’établissement. Vous vous demandez s’il n’existe pas des alternatives et pourquoi les établissements pour personnes âgées dépendantes sont si coûteux. Cet article vous aide à comprendre la tarification des EHPAD et ce qu’elle comporte, et pourquoi le reste à charge est souvent important malgré les aides existantes.

Pourquoi le coût d’un EHPAD dépasse souvent les ressources du résident ?

L’entrée en EHPAD a un coût important pour les personnes âgées, qui nécessite souvent certains sacrifices financiers. Cela s’explique aisément, par la nature même de la prise en charge en établissement.

Le coût de l’EHPAD

Le coût d’un EHPAD repose sur plusieurs composantes correspondant à l’ensemble des éléments de la prise en charge : 

  • Un tarif hébergement : loyer de la chambre, l’ensemble des services « hôteliers » (restauration, blanchisserie…) ainsi que certaines animations et activités ;
  • Un tarif dépendance, soit l’accompagnement du résident dans ses actes quotidiens : lever, coucher, toilette, hygiène, repas, mobilité…
  • Un volet soins — hors maladie spécifique —, pris entièrement en charge par l’assurance maladie ;
  • Des options payantes : chambre seule, animations hors forfait, sorties, mais aussi intervention d’un coiffeur, d’un esthéticien, etc.

Le coût global d’un hébergement en EHPAD dépend par ailleurs :

  • De sa localisation — les tarifs sont moins élevés en dehors des grands centres urbains et de certains départements ;
  • De son statut : les EHPAD publics ont des tarifs moins élevés que les EHPAD privés ;
  • De son standing.

On estime entre 1 800 € et 3 500 € la fourchette moyenne d’un hébergement mensuel en EHPAD, le tarif moyen étant d’environ 2 600 € en 2026.

Senior et son aidant qui se renseignent sur la tarifs en EHPAD

L’impact du degré de dépendance dans le coût de l’établissement

Le tarif dépendance est fixé par le conseil départemental, et adapté au niveau de perte d’autonomie du résident.

Il existe trois tarifs

  • Un tarif de base (GIR 5-GIR 6), le moins élevé — environ 180 € par mois —, que tout résident doit payer, quels que soient son état de dépendance et ses revenus ;
  • Un tarif pour les personnes en GIR 3 — GIR 4, en moyenne 450-500 € par mois ;
  • Un tarif GIR 1-GIR 2 : en moyenne 650 € à 700 € par mois.

Un reste à charge structurel qui peut être élevé

Il existe des aides permettant de financer une partie de l’hébergement. Cependant celles-ci ne couvrent jamais l’intégralité des frais, nécessitant un apport plus ou moins important de la personne âgée et, si celui-ci ne suffit pas, de sa famille

Quelles aides financières existent réellement pour l’EHPAD ?

Des aides existent pour atténuer le coût de l’hébergement. La plupart d’entre elles prennent en compte les ressources de la personne âgée.

L’APA (Allocation personnalisée d’autonomie)

L’allocation personnalisée d’autonomie en établissement est ouverte à toute personne de plus de 60 ans dont la perte d’autonomie est évaluée à GIR 1 à GIR 4.

Elle finance une partie du tarif dépendance. Son montant dépend : 

  • Du niveau de GIR du résident,
  • De ses revenus mensuels.

Un senior disposant de revenus mensuels inférieurs à 2846,70 € ne paie que le ticket modérateur, à savoir le seul tarif GIR 5 – GIR 6.

Au-delà de ce montant, les résidents doivent s’acquitter du ticket modérateur auquel s’ajoute un pourcentage (compris entre 1 et 80 % selon les revenus) de la différence entre le tarif correspondant à son niveau de dépendance et le ticket modérateur.

L’ASH (Aide sociale à l’hébergement)

Les personnes dont les revenus mensuels sont inférieurs à la facture de l’EHPAD peuvent prétendre à l’Aide sociale à l’hébergement (ASH)

L’ASH intervient après prise en compte des ressources du résident et, le cas échéant, de la participation des obligés alimentaires. 

Important : pour bénéficier de l’ASH, le senior doit résider dans un EHPAD habilité à l’aide sociale. 

L’obligation alimentaire des enfants

L’obligation alimentaire des enfants peut être mobilisée dans le financement d’un EHPAD. Les enfants — et dans certains cas les beaux-enfants — peuvent être sollicités au titre de l’obligation alimentaire.

Généralement, c’est au moment de la demande d’ASH que cette obligation alimentaire est activée :

  • Soit les enfants ont des ressources largement suffisantes : l’ASH est refusée et la famille doit payer l’intégralité du reste à charge après ponction sur les revenus du résident ;
  • Soit l’ASH est acceptée, mais avec une participation des obligés alimentaires, l’ASH ne couvrant ainsi qu’une petite partie des frais d’EHPAD.

Pourquoi le patrimoine familial est souvent mobilisé ?

Lorsque les ressources du résident et les aides dont il bénéficie ne permettent pas de payer l’intégralité de la facture de l’EHPAD, la famille peut être amenée à puiser dans le patrimoine familial.

Le reste à charge non couvert

Malgré les aides pour financer l’EHPAD, il reste très souvent un écart entre le coût réel et ce que couvrent ces aides. Une partie du financement repose encore sur les ressources du résident et de sa famille. 

C’est ce décalage qui pousse les familles à chercher des solutions :

  • Qui n’affectent pas leurs revenus, mais écornent le patrimoine familial : épargne du parent, vente de ses biens… 
  • Ou, a contrario, en puisant dans leurs propres ressources, en s’acquittant d’une aide mensuelle.

Vente ou mobilisation des biens du résident

Dans les faits, beaucoup de familles utilisent d’abord l’épargne disponible du résident : livrets, assurance-vie bien alimentés peuvent compléter le paiement du reste à charge en EHPAD.

Si celle-ci est inexistante ou épuisée, et si la personne âgée était propriétaire de son logement, l’idée de le vendre ou de le louer est logique :

  • Lorsque le retour à domicile paraît peu probable,
  • L’apport d’un loyer mensuel ou d’une somme importante peut permettre de couvrir l’entièreté des frais.

Certaines familles préfèrent mobiliser directement le patrimoine du résident plutôt que solliciter l’ASH, notamment en raison du mécanisme de récupération sur succession.

Aidante qui aide sa proche senior à financer un EHPAD avec l'épargne disponible

Récupération de l’ASH sur succession

En effet, l’ASH est récupérable sur la succession. Si le montant de l’actif successoral (possessions du défunt apurées des dettes éventuelles) dépasse 46 000 €, le conseil départemental peut récupérer jusqu’à l’intégralité des sommes versées à la personne âgée toutes les années où elle a perçu l’ASH.         

Cela peut poser une question de stratégie à la famille : mieux vaut-il amputer le patrimoine du vivant de leur parent ou attendre que le département le fasse à son décès ?                                                                                                                                                                           

Comment les ressources sont-elles évaluées pour financer un EHPAD ?

La demande d’aide sociale à l’hébergement fait l’objet d’une analyse détaillée des ressources des différents acteurs par le département. De nombreux justificatifs sont à joindre au dossier :

  • Pour le résident :
    • Revenus : pensions, retraites, autres ressources régulières, autres aides ;
    • Patrimoine mobilier (épargne, assurances-vie, produits financiers…) et immobilier (propriétés).
  • Pour chacun des enfants susceptibles de répondre à l’obligation alimentaire :
    • Revenus : salaires, pensions, autres ressources…,
    • Patrimoine mobilier et immobilier propre,
    • Charges (en prenant en compte le nombre de personnes à charge dans chaque foyer).

La décision du département peut aboutir à :

  • Le refus de l’ASH ; 
  • L’acceptation de verser l’ASH sans faire appel à l’obligation alimentaire des enfants ;
  • L’acceptation de verser l’ASH en faisant appel à l’obligation alimentaire. Dans ce cas, une somme mensuelle est demandée à la famille, charge à celle-ci de s’organiser pour la mobiliser entre les différents enfants. Dans ce cas, il est possible de contester cette décision devant le juge aux affaires familiales.

Peut-on éviter de puiser dans le patrimoine familial ?

On peut limiter ou, dans certains cas, éviter de recourir au patrimoine familial.

  • En optimisant les aides existantes : il faut vérifier que toutes les aides possibles ont bien été demandées :
    • APA, aide personnalisée au logement, ASH ;
    • Déduction fiscale d’une part des frais de l’EHPAD sur les impôts du résident ;
    • Aides des caisses de retraite et des mutuelles de santé. 
  • En anticipant une éventuelle dégradation de l’état de santé de la personne âgée : la constitution d’une épargne spécifique pour financer ultérieurement un hébergement en établissement peut être envisagée chez le senior, mais également chez ses enfants.
  • En choisissant un établissement correspondant à un budget soutenable pour le parent ou ses enfants. C’est pourquoi l’anticipation est ici aussi importante : avoir du temps pour choisir, c’est pouvoir comparer, visiter plusieurs EHPAD, et opter pour le meilleur compromis. 

Ces actions permettent de préserver le patrimoine familial, et de financer l’EHPAD de son parent sans se mettre en situation de ne pas vouloir ou ne pas pouvoir payer.

FAQ

Pourquoi les aides ne couvrent-elles pas tout le coût d’un EHPAD ?

Parce que l’APA ne finance qu’une partie du tarif dépendance, l’aide au logement ne couvre qu’une part limitée, l’ASH n’intervient que sous conditions. Il reste donc souvent un reste à charge. 

L’ASH est-elle remboursable par la famille ?

Le département peut récupérer les sommes versées sur la succession du bénéficiaire. 

Les enfants doivent-ils payer pour leurs parents ?

Ils peuvent être sollicités au titre de l’obligation alimentaire, selon leurs revenus et leur situation familiale. 

Peut-on conserver un patrimoine en cas d’entrée en EHPAD ?

Oui, tout dépend du niveau de ressources du résident et de ses enfants, des aides obtenues, de l’usage éventuel de l’épargne, et du recours ou non à l’ASH.

Comment réduire le reste à charge en établissement ?

Il faut comparer les établissements, vérifier le GIR, activer l’APA, demander l’aide au logement, étudier l’ASH si nécessaire et anticiper le financement global.