En recevant le courrier d’invitation de l’Assurance maladie pour effectuer un dépistage du cancer du sein, une inquiétude s’installe : votre mère, 81 ans, vit en EHPAD, et vous n’avez jamais vu passer de démarche similaire la concernant. Faut-il s’en alarmer ? Est-elle suivie comme elle le devrait ? Ou au contraire, est-elle déjà trop fragile pour relever de ces programmes systématiques sans risque inutile ?
Aujourd’hui, l’Institut national du cancer (INCa), la Haute Autorité de santé (HAS) et le Haut Conseil de santé publique (HCSP) défendent une approche individualisée du dépistage. L’âge seul ne suffit plus : c’est l’état de santé, le niveau d’autonomie et l’espérance de vie qui doivent guider les décisions. Explications.
Dépistage des cancers : nouveautés et recommandations
Depuis 2004, date à laquelle le dépistage du cancer du sein a été mis en place en France, d’autres cancers ont été intégrés dans le programme de dépistage.
Changements récents pour les seniors
Les programmes nationaux de dépistage de cancers ont évolué depuis 20 ans, intégrant de nouvelles pathologies cancéreuses. Portant sur des cancers à évolution moyenne ou lente (sein, colorectal, col de l’utérus), ces programmes de prévention concernent des tranches d’âge définies. Les invitations de dépistage s’arrêtent le plus souvent autour de 74 ans, mais un dépistage peut rester possible ensuite selon l’état de santé et l’avis du médecin.
L’INCa propose la possibilité d’effectuer des tests de façon personnalisée. Le médecin traitant ou le médecin de l’EHPAD évalue l’intérêt du dépistage en fonction de l’état de santé, des antécédents et de la capacité du patient à suivre un éventuel traitement.

Application en EHPAD
En EHPAD, le principe n’est donc plus d’un dépistage systématique, mais d’une approche personnalisée, au cas par cas, après 75 ans. Plusieurs critères sont alors retenus pour effectuer un test préventif :
- Une demande spécifique du résident ou des facteurs de risque constatés par le médecin ;
- Le consentement de la personne âgée, qui doit être capable d’exprimer son accord, après qu’il a reçu une information claire (la question se pose en particulier pour les personnes atteintes de maladies neurodégénératives) ;
- L’espérance de vie du senior : si elle est limitée ou que la personne ne pourrait pas bénéficier d’un traitement en cas de diagnostic, le bénéfice du dépistage devient faible et doit être soigneusement réévalué ;
- La capacité physique du patient à tolérer d’autres examens, un traitement anticancéreux ou une intervention opératoire.
Concrètement, l’organisation d’un dépistage du cancer peut inclure :
- La planification des tests (ex : test colorectal, mammographie, prise de sang…) ;
- La gestion des rendez-vous externes (radiologie, laboratoire) ;
- Le suivi des résultats et des décisions thérapeutiques.
Bon à savoir : Le dépistage en EHPAD n’est jamais automatique : il repose sur une décision médicale individualisée, prenant en compte le rapport bénéfice/risque.
Types de dépistage et tests disponibles
Seuls quelques cancers fréquents dans la population donnent lieu à des programmes de prévention.
Dépistage colorectal
Le cancer colorectal est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme et le troisième chez l’homme. 46 % des diagnostics sont réalisés après 74 ans (données Ligue contre le cancer). Le dépistage du cancer du côlon et du rectum est donc à privilégier chez les personnes âgées.
Le test le plus utilisé est le test immunologique fécal (FIT), qui permet de détecter la présence de sang occulte dans les selles. Ce test est :
- Simple,
- Non invasif,
- Réalisable à domicile ou en établissement.
En pratique :
- Il est recommandé tous les 2 ans dans le cadre du programme national pour les 50 – 74 ans. Chez les personnes considérées « à risque », le médecin peut prescrire un test entre 75 et 80 ans, voire une coloscopie (examen invasif) si des antécédents existent.
- En cas de test positif, une coloscopie peut être proposée, mais uniquement si elle est compatible avec l’état général du résident.
Dépistage du cancer du sein
Le dépistage du cancer du sein est également proposé aux femmes de 50 à 74 ans. Plus de 900 000 personnes en sont atteintes. Il s’agit du cancer le plus fréquent chez les femmes.
Le dépistage repose principalement sur une mammographie à effectuer tous les deux ans. L’âge moyen de détection d’un cancer du sein est de 65 ans.
Certaines personnes ont un risque élevé de développer un cancer du sein, en particulier lorsqu’elles ont des prédispositions génétiques. Dans ce cas, la prévention après 75 ans peut être conseillée par le médecin.
Pour les personnes sans risques spécifiques, poursuivre des examens après 74 ans peut avoir des effets contre-productifs : des études ont montré un nombre élevé de surdiagnostics conduisant à des examens et à des traitements parfois inutiles ou lourds, sans bénéfice démontré pour la personne.
Chez les femmes en EHPAD, le dépistage est réévalué au cas par cas. De plus, il nécessite une logistique spécifique. Le résident doit être conduit, après prise de rendez-vous, dans un centre de radiologie pour subir la mammographie.
Dépistage d’autres cancers fréquents
Des tests de dépistage non invasifs et peu coûteux existent également dans d’autres cas :
- Le cancer du col de l’utérus peut être détecté par un frottis cervico-utérin lors d’une visite régulière chez le gynécologue. Les recommandations actuelles sont de procéder ainsi jusqu’à 65 ans. Au-delà de cet âge, la décision de faire un dépistage est évaluée au cas par cas par le médecin en fonction de l’état de santé et des antécédents.
- Chez les hommes, le cancer de la prostate est fréquent après 70 ans. Le dosage du PSA peut être proposé par le médecin dans certaines situations, mais il ne constitue pas un dépistage systématique recommandé. Un taux élevé peut avoir plusieurs causes et nécessite, si besoin, des examens complémentaires. La décision dépend toujours de l’état de santé du patient et du bénéfice attendu des investigations.
Rappel : ces examens et dépistages ne peuvent s’effectuer qu’avec l’accord éclairé de la personne, ou de la personne de confiance ou le représentant légal en cas d’altération de la capacité de discernement.

Prévention et suivi
La prévention de certains cancers chez les personnes âgées, y compris en EHPAD, existe, comme on vient de le voir. Cependant, elle est en partie à la discrétion du personnel médical.
Suivi régulier et coordination médicale
En EHPAD, le suivi médical des résidents est un élément central du dépistage des cancers.
Il repose sur une organisation collective impliquant plusieurs professionnels de santé. Une inquiétude de la part du résident, une situation à risque ? La personne ou ses proches doivent alors en parler aux soignants ; le médecin de l’établissement effectue alors une évaluation : risques, état de santé du patient, espérance de vie, et peut décider de réaliser un test.
La personne âgée vivant à domicile, quant à elle, est en relation régulière avec son médecin traitant. C’est à lui que revient la responsabilité de proposer un dépistage, ou d’en valider l’idée.
Conseils pratiques pour les familles et aidants
Les familles et aidants jouent aussi un rôle important dans le dépistage du cancer. Leur implication permet de mieux comprendre les besoins de la personne âgée à domicile ou en établissement, et de faciliter la prise de décision.
Voici quelques conseils pratiques :
- Le dépistage de cancers nécessite toujours l’accord de la personne concernée. En cas d’altération des capacités de discernement, la décision est prise dans le respect du cadre légal, en associant la personne de confiance, le représentant légal lorsqu’il existe, et l’équipe médicale, dans l’intérêt de la personne ;
- Tous les dépistages ne sont pas utiles à un âge avancé. Il est important de discuter avec le médecin traitant pour comprendre :
- Les bénéfices réels du test,
- Les suites possibles en cas de résultat positif.
- C’est pourquoi l’état de santé du senior et son espérance de vie sont au cœur de la décision ;
- Lorsqu’il y a un doute, les examens complémentaires peuvent s’avérer invasifs et compliqués à organiser (coloscopie pour le dépistage du cancer colorectal, biopsie pour le sein…). Les aidants sont alors d’une grande aide pour accompagner le patient et organiser ses transferts.
- Enfin, le suivi post-test est important. Si celui-ci est revenu négatif, il peut être utile de programmer une autre session à 2 ou 3 ans.
FAQ
Quelles sont les nouvelles règles de dépistage pour les seniors et EHPAD ?
Au-delà de 74 ans, le dépistage n’est plus organisé de manière systématique, mais peut être envisagé au cas par cas selon la situation médicale.
Quels tests sont recommandés pour chaque type de cancer ?
Les principaux tests sont le test immunologique colorectal, la mammographie pour le cancer du sein et des examens ciblés selon les risques (prostate, col de l’utérus)
Comment organiser le dépistage pour un résident d’EHPAD ?
Le dépistage en EHPAD est organisé avec le médecin coordonnateur et l’équipe soignante. Ils planifient les tests, accompagnent le résident et assurent le suivi.
Qui valide le dépistage et comment obtenir le consentement en EHPAD ?
Le médecin traitant du résident valide le dépistage. Le consentement est recueilli auprès du résident ou de son représentant légal si nécessaire.
Les dépistages sont-ils obligatoires ou facultatifs ?
Les dépistages des cancers sont toujours facultatifs. Chez les personnes âgées, ils reposent sur une décision médicale et le choix du patient.





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